Les limites de l'échographie,
une réalité occultée


Dr Martine Perez
Publié le 5 décembre 2001

L'échographie n'est pas une technique infaillible. Toutes
les études montrent que cet examen, même entre les mains de
praticiens expérimentés, ne permet pas de dépister toutes les
malformations fœtales. Pourtant, les médecins pratiquant cette
technique sont aujourd'hui très inquiets. Plus d'une centaine
de plaintes sont actuellement en cours pour non-dépistage de
malformations à l'échographie, avec désormais le risque
d'avoir à indemniser l'enfant pour «préjudice d'être né».
Un certain nombre de radiologues abandonnent la pratique de l'échographie,
d'autres appellent à la grève, d'autres enfin devraient
fortement augmenter le prix de l'examen pour faire face à
l'accroissement des primes d'assurances qui devraient être
multipliées par 8 à 10 lors du prochain appel de cotisations.
Actuellement, si l'on en croit le professeur Georges Boog
(service d'obstétrique du CHU de Nantes), l'échographie réalisée
dans de bonnes conditions permettrait de dépister globalement
60% des malformations. «Aujourd'hui, on est capable de détecter
par l'échographie 80% des malformations létales, relève
le spécialiste. Et l'on n'ira sans doute pas au-delà de ce
taux, qui est déjà très important.» Selon une des plus
importantes analyses publiées dans une revue américaine en
1995 - peu de travaux sont effectués en France -, portant sur
plus de 42 000 fœtus, pour évaluer les performances de l'échographie,
des médecins ont montré que le meilleur taux de détection
concerne le système nerveux central puisque 77% des
malformations ont pu y être repérées.
Puis viennent le dépistage des anomalies de l'appareil
urinaire (66%) et les anomalies digestives (56%). Les anomalies
du squelette ne sont vues que dans 34% des cas et les
malformations cardiaques dans 19% des cas. La sensibilité de
l'examen est d'autant meilleure que la malformation est grave.
L'étude Eurofœtus publiée en 1999, qui a enregistré dans 61
centres européens les diagnostics échographiques de
malformations entre 1990 et 1993, fait état d'une sensibilité
de cet examen de l'ordre de 61,4%. Ces travaux ont été menés
au sein de centres de dépistage spécialisés où travaillent
des médecins chevronnés. Les résultats ne sont pas identiques
partout.
Dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire du ministère
de la Santé de mars 1997, le docteur Janine Goujard, de l'Inserm,
en travaillant à partir de quatre registres français des
malformations congénitales, montrait que l'échographie prénatale
avait permis d'identifier 50% des anomalies en France. Un taux
moyen, représentatif de ce qui se passe dans notre pays, mais
globalement meilleur que celui observé dans d'autres pays européens.
Près de 2% des enfants naissent avec une malformation. Avec
700 000 grossesses par an en France, on peut calculer que 14 000
nouveau-nés sont atteints d'une anomalie plus ou moins
importante. En supposant que la moitié seulement soit détectée,
on peut évaluer à 7 000 le nombre de familles qui peuvent se
sentir autorisées désormais à porter plainte contre leur médecin.«Les
patientes sont très mal informées sur ce qu'est l'échographie
et sur ce qu'elle permet, ajoute le professeur Boog. Si
l'on en croit une enquête suédoise sur ce sujet, la plupart
d'entre elles estiment que c'est pour connaître le sexe de
l'enfant. C'est sans doute pareil en France. Quand on leur dit
après l'examen que l'on n'a rien trouvé de particulier, elles
en concluent que l'enfant est normal. Alors que nous savons tous
qu'il y a 40 % environ de faux négatifs, c'est-à-dire que 40%
des examens ne montrent rien de particulier, alors qu'une
anomalie existe.»
L'échographie obstétricale est née en 1958 avec l'image
bidimensionnelle du fœtus in utero réalisée à Glasgow par un
médecin anglais. Outre son intérêt dans le dépistage des
malformations fœtales, elle permet de dater avec une certaine
précision le moment du début de la grossesse, d'identifier les
grossesses multiples et de diagnostiquer les retards de
croissance. Les femmes bénéficient en France de trois échographies
au cours de la grossesse, une à chaque trimestre, contrairement
à nombre d'autres pays où une seule est effectuée. «Les
échographistes ont été pris à leur propre piège, conclut
le professeur Boog. Au lieu de se limiter au dépistage des
malformations graves, ils se sont livrés à une surenchère
pour détecter des anomalies de plus en plus petites. Or, plus
elles sont minimes et plus on risque de passer à côté.» Et
au lieu de les féliciter pour leur performance, on leur
reproche désormais leurs limites, qui vont pourtant en
s'amenuisant.

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