[Perineology... Reaching an equilibrium and preserving it]
J. Beco, G. de Bisschop, R. Dijkstra, G. Nelissen, J. Mouchel.
J. Gynecol. Obstet. Bio. Reprod. (Paris), 1999 Dec, 28(8) : 855-6.
Fruit de l'union de l'Uro-Gynécologie et de la Colo-Proctologie, le concept
de Périnéologie a mûri au début des années 90 en même temps que se
développaient les conceptions anatomiques du fonctionnement du plancher
pelvien (1). Aujourd'hui, elle passe doucement dans la réalité médicale et
les allusions à cette nouvelle spécialité fleurissent dans la littérature
francophone.
Mais si le terme est en train de se banaliser, son utilisation a souvent,
selon les auteurs, une signification différente. Il peut tour à tour
désigner une étude interdisciplinaire des problèmes périnéaux, correspondre
à une approche multidisciplinaire de ces mêmes problèmes grâce à la réunion
ponctuelle des différents spécialistes concernés ou résumer une prise en
charge globale, mais mal définie, des pathologies des différents
compartiments périnéaux..
Pour avoir contribué à sa vulgarisation, notamment au travers des activités
du Groupement Européen de Périnéologie (GEP), il nous paraît légitime de
revenir aujourd’hui sur ce que, pour nous, désigne exactement le terme de
Périnéologie (2).
Il faut d’abord rappeler que ce sont l'analyse et la synthèse de nombreux
travaux d'anatomie fonctionnelle ainsi que les données de l'imagerie
(notamment échographique) qui nous ont guidés dans la compréhension de
l'unité anatomique et fonctionnelle du plancher pelvien. Parmi ces travaux,
il faut citer tout particulièrement ceux de Shafik et de Zacharin et plus
récemment ceux de Ulmsten, de Petros et de De Lancey . Nous avons présenté
ces travaux dans nos pays respectifs dés le début des années 90. Nous les
avons aussi intégrés dans notre compréhension de la physiopathologie des
troubles du plancher pelvien dont l’aspect urinaire avait d’ailleurs été
développé en 1995 par certains d'entre nous sous le titre " Faut-il encore
faire des Burch ? " (3). Mais c’est surtout au travers de l’exploration et
du traitement des pathologies pudendales que la réalité "périnéologique"
s'est imposée (2, 4). Le nerf pudendus, principal vecteur des informations
neurologiques afférentes et efférentes, n’est en effet pas sectorisé. Les
informations qu’il véhicule concernent les différentes structures périnéales
qu’elles soient viscérales ou musculo-conjonctives. Ce nerf, témoin de
l’unité anatomique du plancher pelvien et de l’interdépendance fonctionnelle
de ses différents composants, constitue le lien principal du raisonnement
interdisciplinaire qui conduit au concept de la périnéologie.
Cette approche interdisciplinaire a guidé la rédaction du chapitre "l'Acte
Sexuel Féminin" publié dans les Mises à Jour éditées par le Collège National
des Gynécologues et Obstétriciens Français en 1996 (5). Elle avait été
présentée pour la première fois en public au cours du Symposium
International de Gynécologie-Obstétrique organisé par la Société
Luxembourgeoise de Gynécologie-Obstétrique à Luxembourg en juin 1996.
Pour nous, l'approche interdisciplinaire est donc un préalable indispensable
à toute démarche périnéologique.
Mais si ce préalable est un principe nécessaire, il n’est pas suffisant.
Nous pensons en effet que le terme de Périnéologie correspond en réalité à
un concept à la fois plus large et plus précis qui repose avant tout sur le
respect de l’anatomie et de la biomécanique.
C’est ce respect que la devise du GEP, "Comprendre un équilibre et le
préserver", cherche à exprimer (2). La périnéologie doit en effet, à notre
point de vue, servir avant tout à la compréhension des équilibres
anatomiques et fonctionnels des différentes structures périnéales. Sans
cette compréhension, il est impossible de prétendre préserver ou rétablir
ces équilibres.
Le respect de l'anatomie est aujourd'hui plus facile puisqu'elle peut être
visualisée en temps réel à partir des techniques d'imagerie (échographie,
IRM) réalisées sur le vivant. Ces techniques, associées aux explorations
électrophysiologiques, permettent maintenant d'accéder à la compréhension de
notions fonctionnelles et biomécaniques jusqu'alors souvent négligées.
Les reconstitutions volumiques (en 3 dimensions) du pelvis et de la cavité
vaginale, déduites de l'imagerie et telles que nous les avons publiées (2,
4), représentent certainement les bases anatomiques indispensable à tout
raisonnement " périnéologiquement " cohérent. En les examinant, il est
facile de se rendre compte qu'il existe une unité neuro-musculo-conjonctive
(nerfs pudendus, plaque des releveurs-puborectal et fascia pelvien) commune
aux différentes filières. C'est l'étude de cette unité et de ses
perturbations (anatomiques et fonctionnelles) ainsi que les prises en charge
thérapeutiques qui en découlent qui constituent les bases concrètes de la
Périnéologie.
Ceci conduit à penser que toutes les techniques qui modifient l'anatomie et
le jeu physiologique de la biomécanique ne sont pas périnéologiques. Dans le
domaine de la chirurgie, les suspensions génitales classiques (antérieures
ou postérieures), les dissections du Retzius, les rectopexies ou les
myoraphies vraies des releveurs peuvent être considérées dans certains cas
comme nécessaires mais il est indéniable qu'elles engendrent un déséquilibre
périnéal à l’origine de conséquences iatrogènes à plus ou moins long terme.
Dans le domaine de la pharmacologie, l’utilisation d’anticholinergiques non
spécifiques qui aggravent de manière importante une dyschésie préexistante
est une attitude également contraire à notre vision de la périnéologie.
De même, la prise en charge simultanée des 3 étages du périnée, telle que
certains d’entre nous ont pu l’apprendre et la réaliser pendant des années,
n’est pas suffisante pour être forcément " périnéologique ". Une
colposuspension type Burch (qui peut fixer de manière définitive la berge
antérieure de l’urètre et du col vésical) associée à une promontofixation et
à une myoraphie des releveurs (qui gêne la physiologie de la défécation)
représente bien une prise en charge des 3 étages du périnée mais cette
attitude entraîne de tels bouleversements anatomiques et biomécaniques
qu’elle ne peut s’inscrire dans le cadre de la périnéologie telle que nous
la comprenons. Le respect des axes biomécaniques, les reconstitutions
anatomiques les plus fidèles possibles doivent, au contraire, représenter
les préoccupations permanentes des futurs périnéologues.
L'esprit de synthèse qui caractérise la périnéologie suppose un objectif
beaucoup plus ambitieux que la simple réunion ponctuelle de spécialistes
urologues, gynécologues, colo-proctologues etc... Cette démarche
multidisciplinaire peut, dans certaines occasions, présenter un intérêt mais
elle a l’inconvénient de maintenir la distinction entre les différentes
spécialités sans les confondre. Elle n'a donc pas besoin d'être désignée
sous un terme spécifique.
La Périnéologie doit être, au contraire, résolument interdisciplinaire voire
même supra-disciplinaire car ce sont l'anatomie et la physiologie qui
imposent cette supra-disciplinarité. En effet, le nerf pudendus contrôle
aussi bien le sphincter urétral que le muscle pubo-rectal et le sphincter
anal, de même qu'il véhicule les sensations sexuelles. Le muscle pubo-rectal
est le muscle de la continence urinaire et anale. Il joue également un rôle
dans la fonction sexuelle. La plaque des releveurs semble capable d'ouvrir
l'hiatus uro-génital et tout son contenu. Le noyau fibreux central du
périnée et les muscles du périnée superficiel sont indispensables au soutien
urétral, à la continence vaginale et à la dynamique ano-rectale. Quant au
fascia pelvien, il constitue l'armature des différentes filières et il
transmet les mouvements musculaires aux différents viscères. Cette unité
anatomique et fonctionnelle est indiscutable. Elle est à l'origine de
l'interdépendance fonctionnelle des différentes filières et des conséquences
iatrogènes des techniques qui ne respectent pas cette anatomie. Cette unité
anatomique et fonctionnelle déborde donc largement du cadre de chacune des
spécialités amenées à s'occuper traditionnellement de son propre secteur
périnéal. C'est la raison pour laquelle elle mérite une dénomination
spécifique.
La Périnéologie, en se limitant aux troubles fonctionnels du plancher
pelvien, a bien sûr ses limites. Les pathologies viscérales intrinsèques
(cancer de vessie, myomes utérins, cancer du rectum etc…) n'ont pas vocation
à être intégrées dans la périnéologie. Cette dernière peut bien sûr
contribuer à attirer l'attention sur les risques périnéaux de certains
gestes (par exemple les risques d'atteinte pudendale au cours de la
chirurgie vaginale) mais elle n'a pas pour mission d’enseigner la technique
de l'hystérectomie vaginale elle-même. Cette dernière reste évidemment du
domaine de la gynécologie classique comme celle de la cystectomie reste dans
celui de l'urologie ou celle de l'amputation du rectum dans celui de la
colo-proctologie.
Mouchel J. Conception purement anatomique des troubles urinaires.
In: Les troubles de la statique pelvienne et leur traitement.: Blanc B.,
Boubli L., Bautrant E., d'Ercole C. Arnette Ed, Paris, 1993.
La Périnéologie…Comprendre un équilibre et le préserver.
J. Beco, J. Mouchel, G. Nelissen eds., Odyssée 1372, 1998, Verviers,
Belgique
Beco J., Mouchel J., Faut-il encore faire des Burch?, J. Gynecol. Obstet.
Biol. Reprod., (1995), 24, 772-774
Beco J., Mouchel J.
Intérêt de la décompression du nerf pudendal pour le chirurgien
périnéologue. Gunaïkeia, 1997, 2, 2, 44-47.
Mouchel J., Beco J., Bonnet P., Isambert J.L., Mouchel F., Wurst C.
L'acte sexuel féminin: son intégration dans la conception
anatomo-physiologique du plancher pelvien.
In: Mise à jour en Gynécologie-Obstétrique 1996, Collège National des
Gynécologues et Obstétriciens Français, M. Tournaire et H. J. Philippe
éditeurs, Vigot diffusion, Paris.